samedi 6 novembre 2010

Mesurer la déforestation dans le monde




Ce que révèlent ces deux cartes

On peut voir que dans les pays du Nord économique (Europe, Amérique du Nord, Australie) la déforestation est traditionnellement très importante. Cependant, ce que la carte ne montre pas, c’est que ces pays compensent la déforestation par des campagnes de reboisement et de gestion des ressources forestières. Une approche mesurant la déforestation en se basant sur les stocks (stock based approach) parait donc être plus intéressante pour ces pays, car ils sont justement en mesure de reconstituer leurs stocks, et donc de maintenir leur couvert forestier à un niveau relativement constant. Par contre, dans les Pays du Sud économique (Amérique du Sud, Afrique, Asie), la déforestation est beaucoup plus récente, et si elle est parfois moins intensive qu’au Nord, elle n’est pas contre que très rarement compensée par le reboisement des régions déforestées. Pour cela, l’approche mesurant la déforestation en se basant sur les stocks (stock based approach) à petit à petit été délaissée dans les négociations internationales, car elle était inappropriée pour mesurer la déforestation dans les pays du Sud. On s’est alors tourné vers une autre approche, cette fois basée sur la mesure des émissions de CO2 liées à la déforestation (Emission based approach) qui offre deux scénarios possibles : 1) le scénario historique intéresse davantage les pays qui ont beaucoup déforesté dans le passé mais envisage de diminuer leur déforestation, 2) le scénario business as usual intéresse les Etats qui veulent maintenir leur déforestation à un niveau constant mais peu élevé.

Introduction au REDD



La mise en œuvre du mécanisme de Réduction des Emissions venant de la Déforestation et de la Dégradation : quelle comptabilisation de la déforestation ?

En 2005, le programme Réduction des Emissions venant de la Déforestation et de la Dégradation est proposé : il s’agit de réduire les émissions de carbone venant de la déforestation et de la dégradation, le but étant de stabiliser la concentration atmosphérique de CO2 au niveau aussi bas que possible. REDD +, qui inclut également le renouvellement des stocks de carbone au sein de la forêt, sera choisi lors de la conférence de Copenhague en décembre 2009. Il vise à récompenser la déforestation évitée. Bien que le principe de base de REDD soit assez simple (rémunérer les pays qui réduisent leur taux de déboisement par des crédits carbone ou l’équivalent en argent), de nombreux difficulté se présentent dans le processus de négociation, quant à la mesure de la déforestation, à l’échelle, au financement, mais surtout au niveau de référence ou Baseline, sujet le plus débattu parmi les points controversés, car c’est sur lui que repose l’efficacité du mécanisme ainsi que les récompenses attribuées aux pays. Nous pouvons résumer les questions en 3 points.

Une question technique tout d’abord : quelle est la méthode la plus fiable pour mesurer la déforestation ? De nombreux outils sont disponibles (compas, images satellite, questionnaires adressés aux acteurs…), mais on observe de fortes variations dans les résultats obtenus pour une même zone selon les études. De plus, les pays ne disposant pas tous des mêmes moyens techniques, on peut s’interroger sur la pertinence d’une méthode mise en place à l’échelle internationale sans prendre en compte ces spécificités.

Ensuite, quelles références choisir ? Il est nécessaire d’établir un scénario de référence, ou baseline, pour comparer selon le principe d’additionnalité cette déforestation évitée (ce principe renvoie à une situation sans aucunes politiques de réduction mises en place). Plusieurs possibilités s’affrontent : élaborer un scénario sur une base historique, de manière prédictive à partir de l’évolution anticipée d’un certain nombre de variables-clés, ou définir se baser sur une « crediting Baseline ». Cette question est particulièrement sensible, car elle a un écho financier : les objectifs définis à partir de ces scénarios vont conditionner les efforts que chaque pays devra fournir, et donc leur capacité à recevoir des crédits REDD. C’est ici que se pose une troisième grande question : comment mettre en place la récompense à partir de la baseline choisie ?

Selon les scénarios choisis, il y aura des gagnants et perdants. C’est ainsi que vont s’opposer les acteurs, principalement les pays et leur gouvernement, mais aussi les ONG et associations qui vont jouer un rôle majeur, les industriels qui vont acheter les crédits REDD… Les lobbys sont importants dans la mesure où ils ont déjà pesé sur la définition de la forêt dans le cadre du programme REDD. Les scientifiques, qui apportent les modèles, ont une place-clé. Les indigènes eux, sont acteurs car ils sont directement confrontés à la réalité de ces mesures, et demandent à y être associé; leur mauvaise compréhension par la population locale pourrait nuire à leur efficacité. Il ne faut pas oublier les acteurs non humains comme la forêt et les plantations.

Pour en savoir plus

1 commentaire:

  1. Merci Monsieur Milliez pour cet article enrichissant sur les mécanismes REDD et les questions relatives à ce processus.

    Malgré les difficultés de mises en œuvre que vous évoquez avec pertinence dans votre article, certains beaux projets parviennent à se mettre en place.

    Ainsi, en Indonésie, la société Carbon Conservation en partenariat avec Asia Pulp & Paper lance le premier projet REDD-Plus de conversion d'une plantation d'arbres pour pâte à papier en réserve de carbone. Il s'agit de reclasser des exploitations en terres protégées et de construire ainsi un puits de carbone de plus de 15 000 hectares de forêts et de tourbières. Pour en savoir plus, voici la description du projet http://bit.ly/auMRCh.

    Au plaisir de vous lire,

    Liz Wilks, porte-parole Europe d'Asia Pulp Paper.

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