lundi 20 décembre 2010

Et si on cartographiait l'innovation ?

Tech Crunch

Bluenove et Mapize, une startup corse dont nous avons parlé pendant l’été, vient de dévoiler une carte permettant de visualiser les acteurs d’innovation ouverte sur une carte. On dirait un genre de Crunchbase visuelle. Le projet, développé depuis plusieurs mois et dévoilé officiellement la semaine dernière pendant LeWeb, permet de visualiser 3 groupes d’acteurs : les “ideators” (ce sont les startups, développeurs, chercheurs, etc.), les “scouts” (les VC, business angels, journalistes, etc.), et les “open innovators” (les départements de R&D, programmes de partenariats des grands groupes, etc.).

Grâce au catalogue d’acteurs développé via ce projet, Bluenove et Mapize visent à faciliter la collaboration et l’innovation à travers le monde, car ce projet ne s’adresse pas uniquement aux acteurs français mais à l’ensemble de la communauté entrepreneuriale. Certains acteurs ont déjà été inscrits mais pour les autres il va falloir vous identifier afin de rajouter votre nom à la base de données. L’inscription est gratuite mais les grands groupes pourraient acheter l’interface pour gérer leurs stratégies d’open innovation en interne et développer leurs propres bases de données.

La Open Innovation Map me fait penser à une autre initiative récente de la part de Paris Labs : un réseau social dédié aux startups françaises et la création d’entreprise en France, surnommé Startupers.fr. Plus qu’une base d’acteurs, ce réseau vise a faciliter l’échange directement sur la plateforme. Lors de l’inscription, on identifie ses intérêts (le community management, le recrutement, les business plans, etc.) et ensuite on peut partager des informations de la même manière que sur Twitter, Yammer ou Facebook.

Pourtant, Startupers.fr n’est pas le premier réseau social dédié à l’entrepreneuriat ; il y a d’autres sites comme YouNoodle, Sprouter et WeStartUp - une startup belge qui aimerait devenir “le” réseau social pour les entrepreneurs européens. En revanche, Startupers.fr est le premier réseau qui s’adresse uniquement aux startups françaises et il y a déjà 127 startups locales inscrites sur le site. Vous pouvez également trouver une liste d’évènements, comme sur Agendao, un nouveau site qui regroupe tous les évènements professionnels, comme le fait Workit aux Etats-Unis.

Vous avez été nombreux à me parler de la possibilité de créer une Crunchbase dédiée uniquement aux startups françaises. A l’heure où tout le monde est en train de penser à l’international, l’idée de créer une base uniquement pour les boites françaises me semblait un peu bizarre. En revanche, je comprends très bien pourquoi un site comme Startupers.fr aurait plus d’utilité pour les startups locales qu’un site comme Sprouter, qui ne s’adresse pas forcément aux problématiques des startups locales. Alors, jetez un coup d’oeil sur l’Open Innovation Map et Startupers.fr (inscrivez-vous à la bêta privée avec le code : #tcfr) et n’oubliez pas de vous inscrire aussi à la Crunchbase si vous ne l’avez pas encore fait !

Les migrants oubliés du Yémen

Blog Le Monde Diplomatique

Le Yémen ne semble pas être le premier endroit où l’on penserait se rendre en quête de sécurité ou d’une vie meilleure : extrême pauvreté, tribus rebelles, insurrections, conflits armés persistants, mers infestées de pirates… Pourtant chaque année, des dizaines de milliers de réfugiés arrivent depuis la Corne de l’Afrique avec l’espoir d’échapper à la guerre, aux persécutions, à la famine et à la sécheresse.

William Spindler est porte-parole du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en France.

Le reportage photographique est de Rocco Nuri.

Guetter la mer

Dans les neuf premiers mois de l’année 2010, plus de 36 000 migrants et réfugiés ont entrepris la périlleuse traversée de la mer Rouge ou du Golfe d’Aden. Nombre d’entre eux y ont laissé la vie. Loin des yeux du monde et des caméras, cette tragédie humaine se joue depuis des années. En silence.

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Corne de l’Afrique : les voies de la migration
Cartographie : Philippe Rekacewicz (Atlas 2009 du Monde diplomatique)

Le 17 septembre 2010, deux Somaliennes, dont l’une était enceinte de cinq mois, se sont noyées au large des côtes du Yémen, alors que les passeurs débarquaient en eaux profondes, dans l’obscurité totale, les 55 passagers d’une embarcation partie d’un village à l’est de Bossaso, dans le nord de la Somalie. Ils ont navigué par une mer houleuse pendant plus de 40 heures avant d’atteindre Bir Ali, à 500 km à l’est d’Aden au Yémen. Cinquante-deux personnes ont réussi à atteindre le rivage. Les corps des deux femmes ont été retrouvés, et enterrés aux alentours de Bir Ali. Le corps de la troisième personne, non identifiée, n’a jamais été retrouvé. La même semaine, un Ethiopien a été battu à mort par des passeurs dans un bateau transportant 105 migrants africains. L’homme avait été enfermé dans la salle des machines pour avoir supplié les trafiquants de lui donner de l’eau. Son corps a été jeté par-dessus bord. Deux exemples parmi des centaines de traversées… Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) gère un camp au Yémen, lequel regroupent 12 650 personnes et recueille, jour après jour, les témoignages les plus épouvantables sur les conditions des traversées et la cruauté des passeurs.

Dans la chaleur du mois d’août, à Bab El-Mandab, petit village situé à l’entrée de la mer Rouge (environ 190 kilomètres à l’ouest d’Aden), deux jeunes Yéménites s’affairent dans un petit bureau accolé à une station-service. Ce sont les locaux du Conseil danois pour les réfugiés (CDR). Leur mission consiste à patrouiller le long de la côte à la recherche de migrants récemment arrivés d’Afrique. « Hélas, nous arrivons parfois trop tard et nous les retrouvons morts, se lamentent-ils. Entre juin et août 2010, plus de 40 cadavres ont été découverts par la population ou les autorités rien qu’autour du village de Bab El-Mandab. »

Ils travaillent en symbiose avec un vaste réseau de contacts (police, armée, gardes-côtes mais aussi société civile locale), et en liaison étroite avec le HCR et le Croissant Rouge yéménite, qui fournit les premiers secours, de l’eau et des barres énergisantes aux nouveaux arrivants.« En moyenne, trois bateaux au moins accostent chaque jour, affirment-ils, et il y a quelque temps, nous en avons même compté huit en une seule journée ! Cela veut dire qu’entre 250 et 300 personnes débarquent quotidiennement (ou arrivent à la nage) sur les côtes yéménites ».

Bien que la situation sécuritaire et humanitaire se détériore en Somalie, le nombre d’arrivées de Somaliens au Yémen accuse une forte baisse. Selon des réfugiés nouvellement arrivés, il devient de plus en plus dangereux et difficile de fuir la Somalie. De nombreux civils déplacés sont littéralement pris au piège à l’intérieur du pays. Il y a une douzaine de points de contrôle sur la route entre Mogadiscio et le port de Bossaso, tenus par différentes milices et groupes armés. Ce qui explique qu’en 2010, seulement 10 % des nouveaux arrivants venaient de Somalie, tous les autres d’Ethiopie ».

Les migrants font un long voyage, si éprouvant, si épuisant qu’ils arrivent très affaiblis et en très mauvaise santé. « La semaine dernière, poursuivent-ils, dix Ethiopiens sont morts de déshydratation et de maladie après leur arrivée ». Le HCR a établi des procédures pour l’enregistrement, l’identification et l’enterrement des corps. Le Croissant Rouge Yéménite, en coordination avec les autorités locales, identifie les corps et délivre les rapports médicaux établissant la cause du décès. La plupart sont enterrés aux alentours de Bab El-Mandab.

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Trois décennies de famines et de conflits
Cartographie : Ph. R. (Atlas 2009 du Monde diplomatique)

Dans le camp de réfugiés d’Al Kharaz, à environ 40 km à l’ouest de Bab El-Mandab, un réfugié éthiopien arrivé la veille marche lentement dans les allées, hagard. « J’ai traversé le désert pendant deux jours depuis la frontière éthiopienne, explique-t-il, puis j’ai été retenu par des passeurs dans un lieux isolé, près du port d’Obock à Djibouti, avec des centaines d’autres réfugiés : il y avait des hommes, des femmes et des enfants. Il n’y avait ni nourriture ni eau potable. Les passeurs nous vendaient l’eau potable en bouteille à des prix exorbitants. Ceux qui ne pouvaient pas payer ont dû boire l’eau contaminée et salée des puits, à côté. Certains sont tombés malades et sont morts. Puis nous avons finalement le pris un bateau. »

« Je crois qu’il y a plus de 1 000 Ethiopiens et 300 Somaliens à Obock, poursuit-il ; ils attendent de pouvoir rejoindre le Yémen. Chaque jour, quatre ou cinq personnes meurent de faim ou de diarrhée ». Un docteur de la clinique médicale d’Al Kharaz affirme qu’en trois jours, ils ont admis 26 Ethiopiens souffrant de gastroentérite sévère.

Il y a quelques 12 000 réfugiés somaliens et 650 réfugiés éthiopiens qui vivent dans le camp de Al Kharaz, certains d’entre eux depuis plus de dix ans. Les nouveaux réfugiés reçoivent soins, nourriture et eau, puis sont enregistrés – dans un premier temps – pour une période de trois mois. Même s’ils reçoivent gratuitement un logement, de la nourriture, un accès à l’éducation et aux soins, peu d’entre eux restent au camp ; Al Kharaz est un endroit triste et isolé. Ceux qui le peuvent préfèrent partir vivre ailleurs, à Aden ou Sanaa, et se débrouiller par leurs propres moyens. « Nous savons que la vie est très dure ici, au Yémen, et qu’il est difficile de trouver un travail, raconte un jeune Somalien. Mais c’est toujours mieux qu’en Somalie. »

Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres du monde, est assez hospitalier pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, puisqu’il accorde la protection à 233 000 réfugiés somaliens, alors que l’Arabie Saoudite et le Kenya viennent d’en expulser des milliers. Confronté à de nombreux problèmes sociaux, économiques et sécuritaires, le Yémen aurait besoin du soutien de la communauté internationale, laquelle pour l’instant reste sourde et muette. Le HCR fait face à une situation financière dramatique qui menace ses activités dans le pays et sera obligé de fermer certains centres d’accueil si la situation ne s’améliore pas rapidement.

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Le Yémen en guerre
Cartographie : Ph. R. (Le Monde diplomatique, septembre 2009)

Une partie des réfugiés essayent de rejoindre l’Arabie saoudite pour trouver un emploi comme ouvrier ou domestique. « Si vous avez de l’argent, les passeurs vous emmènent en voiture en Arabie Saoudite après votre arrivée, raconte un migrant éthiopien. Sinon, il vous faut marcher jusqu’à la frontière. » La route pour l’Arabie saoudite est rendue dangereuse et incertaine non seulement en raison du conflit en cours dans le nord du pays, mais aussi parce qu’ils risquent de tomber aux mains de trafiquants qui les vendent comme esclaves sexuels ou travailleurs forcés. Et ces réseaux sont puissamment organisés. Il arrive – trop rarement – que ces trafiquants soient arrêtés, jugés et condamnés. Le 25 septembre 2010, deux Yéménites et une ressortissante éthiopienne ont été condamné à dix ans d’emprisonnement pour avoir vendu une jeune réfugiée somalienne de 16 ans à des trafiquants pour servir d’esclave sexuelle dans une maison close en Arabie saoudite. La jeune fille, retrouvée à Riyad et renvoyée à Mogadiscio, est en bonne santé et a rejoint l’Europe avec sa mère.

La plupart des victimes de ce trafic meurtrier n’ont pas cette chance : l’ONU estime à 12,3 millions à travers le monde les personnes victimes des trafics d’êtres humains. L’achat et la vente d’êtres humains aux fins d’exploitation est, avec le trafic d’armes, la seconde plus grande industrie criminelle dans le monde et présente la croissance la plus rapide.

Reportage photographique

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Opération de sauvetage des gardes-côtes yéménites près du port d’Aden
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Nouveaux arrivants dans le port d’Aden
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Nouveaux arrivants, en attente d’être enregistrés, à l’entrée du camp de réfugiés de Mayfaa
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Nouveaux arrivants sans abri dans le bidonville de Basateen (près d’Aden)
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Le camp de réfugiés d’Al Kharaz (région de Lahaz, 180 kilomètres à l’ouest d’Aden)
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Zone des nouveaux arrivants au camp de réfugiés d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Relevé des données biométriques au centre d’enregistrement de Sanaa
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Relevé des données biométriques au centre d’enregistrement de Sanaa
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Les enfants du bidonville de Basateen
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Le bidonville de Basateen, près d’Aden
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Bureau d’enregistrement gouvernemental des nouveaux arrivants à Basateen
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Centre d’enregistrement gouvernemental à Sanaa
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Des cartes d’identité pour les réfugiés
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Nouveaux arrivants transférés de Bab el Mandab vers le camp de réfugiés d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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A la recherche d’eau potable
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Ecole primaire au camp de réfugiés d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Enfants non accompagnés du camp d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Enfants non accompagnés du camp d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Enfants non accompagnés du camp d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Réfugiés du camp d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Jardin d’enfants pour réfugiés à Basateen (près d’Aden)
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Jardin d’enfants pour réfugiés à Basateen
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Les enfants du camp de réfugiés d’Al Kharaz
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Atelier pour la formation professionnelle des réfugiés à Basateen
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR
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Atelier pour la formation professionnelle des réfugiés à Sanaa
Photo : © Rocco Nuri/UNHCR

L'Industrie en Guadeloupe : Un secteur face à ses défis

INSEE

Equipe de projet : Ali BENHADDOUCHE, Mélanie CHRISTANVAL, Gaelle PHILIBERT, Pierre VALADOU (INSEE) Ludovic de GAILLANDE (DRIRE)

La Guadeloupe a connu pendant 40 ans une croissance économique forte et soutenue, à tel point qu’elle a longtemps figuré aux premières places du classement des régions françaises en termes de progression du Produit intérieur brut (PIB).

Néanmoins, de 2004 à 2009, on observe un net ralentissement de son développement : le PIB ne progresse plus que de 1,3 % par an en moyenne soit un rythme de croissance presque trois fois moins rapide qu’au cours des 40 années précédentes.

Composée de près de 3 400 établissements, l’industrie guadeloupéenne emploie 8 500 salariés. Comme dans les autres DOM, sa part dans la valeur ajoutée régionale est faible. En Guadeloupe, elle contribue pour 5% à la valeur ajoutée régionale. Cependant, la nécessité de son développement s’impose pour des raisons :
- économiques, avec la nécessité de développer la création d’emplois, de réduire la dépendance vis-à-vis de la France métropolitaine et de l’Union européenne et donc les coûts des produits ;
- stratégiques, car la Guadeloupe constitue une position avancée de l’Union européenne au milieu de la Caraïbe, avec l’exploitation optimale de ses avantages comparatifs (haute technicité de sa main d’œuvre, grand potentiel en matière de recherche et développement, équipements modernes et forte intégration des nouvelles technologies) pour engager des partenariats économiques régionaux ;
- culturelles et sociales avec l’attachement de la population à la production locale, réaffirmé au cours du mouvement social de début 2009 et dans le cadre des États généraux de l’Outre-mer.

Fruit d’un partenariat entre l’antenne de Guadeloupe de la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire) Antilles-Guyane et l’Insee, ce dossier « L’industrie en Guadeloupe » a plusieurs objectifs. En premier lieu, cette publication dresse un panorama de l’économie régionale et replace l’industrie dans son contexte. Puis les principaux secteurs de l’industrie guadeloupéenne sont étudiés au travers de fiches sectorielles détaillant les forces et faiblesses de chacun d’entre eux. Enfin ce dossier a pour ambition d’identifier les principaux enjeux pour l’industrie guadeloupéenne de demain à travers l’analyse de problématiques comme l’environnement et le traitement des déchets, l’énergie, l’innovation et les TIC, les ressources humaines et la transmission d’entreprise...

Cette étude ne porte pas un regard conjoncturel sur l’industrie guadeloupéenne, dans une période de crise internationale, mais propose une analyse sur plusieurs années (les précédentes monographies datent de 1994 et 2003) et dégage les perspectives lui permettant d’assurer sa compétitivité dans un environnement en mutation et de plus en plus ouvert à l’international.

Puissent tous les acteurs et décideurs, publics comme privés, concernés par l’industrie guadeloupéenne, trouver dans ces pages matière à étayer leurs décisions.

Flux migratoires : Les déménagements depuis et vers Marseille selon La Poste

JP Blog - technoselect

En s'inspirant de « Real Time Rome » du MIT, La Poste s'est associée à FaberNovel pour réaliser une expérimentation de visualisation dynamique des flux d'installation et de déménagement, baptisée Flux2. Cette expérimentation basée sur le fichier anonymisé des changements d'adresse de La Poste permet de visualiser sur l'année 2009 les mouvements des familles depuis et vers les Bouches du Rhône. Une approche dynamique permettant d'exploiter de façon démonstrative des données relatives à l'activité postale parfois difficiles à structurer.

Explications :

* Les flèches vertes indiquent le lieu de départ des familles arrivant dans ce département.
* Les flèches rouges informent du nouveau lieu d'habitation des familles partant de ce département.
* L'épaisseur des flèches donne l'importance de ce flux migratoire.
* Les données utilisées ont été anonymisées et seul le code postal a été utilisé.



Culturomics : Comprendre les lois de la culture - Cartographie

Blogs Le Monde

by Hubert Guillaud

La technologie change notre compréhension des sciences humaines et sociales (SHS), comme elle a changé notre compréhension des sciences, expliquait il y a peu Patricia Cohen pour le New York Times. Bien sûr, face à cet objectif, les médias numériques sont des moyens plus qu’une fin, rappelle consciencieusement l’historien Anthony Grafton. Mais pour Brett Bobley, directeur du bureau des humanités numériques de la Dotation nationale des humanités américaines (National Endowment for the Humanities, NEH), l’analyse de quantités sans précédent de données peut révéler de nouvelles caractéristiques et tendances et soulèvent des questions inattendues pour l’étude.

“La technologie a non seulement rendu l’astronomie, la biologie et la physique plus efficaces. Mais elle a permis aux chercheurs de faire des recherches qu’ils ne pouvaient pas faire auparavant”. Et c’est notamment le cas dans le domaine des SHS, où l’accès à de formidables corpus documentaires sous forme informatique peut apporter de nouvelles connaissances. C’est en tout cas, ce que se propose de montrer le concours de Google ou le Digging into data, un programme de subventions pour aider à la recherche en sciences humaines à aller dans de nouvelles directions, propulsées par le bureau de Brett Bobley au NEH.

Les Humanités numériques pour comprendre le monde
Comme bien souvent dans le domaine des Humanités numériques (Digital Humanities), pour les non-spécialistes, ce sont les résultats qui sont les plus intéressants. L’un des projets ayant bénéficié de ce programme est celui de Dan Edelstein, professeur de français et d’italien à l’université de Stanford qui a réalisé une cartographie de la circulation des idées au Siècle des Lumières, en étudiant, avec l’aide de l’informatique, la correspondance des grands penseurs de l’époque (Locke, Newton, Voltaire, Swift, Rousseau, Bentham…). La cartographie interactive mise en place permet de mieux mesurer le réseau relationnel des grands penseurs du XVIIIe siècle et montre qu’il a des structures très différentes selon les penseurs (vidéo). La cartographie a montré par exemple, la rareté des échanges entre Paris et Londres, alors que les historiens pensaient que les penseurs français avaient été inspirés par les penseurs britanniques : dans les faits, les penseurs du Continent semblent avoir peu échangé avec les îles Britanniques.

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Image : La cartographie des échanges de courriers de la république des Lettres au Siècle des Lumières pour quelques-uns des plus importants penseurs de l’époque.

Les universités américaines semblent se mettre activement aux outils numériques. L’université de Virginie a ainsi développé pour ses étudiants une interface web, baptisée Visual Eyes, permettant de réaliser facilement des visualisations dynamiques et interactives.

Digital Mappaemundi est un projet d’étude des cartes et textes géographiques médiévaux, permettant aux chercheurs d’annoter leurs cartes simultanément et de partager leurs annotations avec d’autres, explique Martin Foys K, médiéviste à l’université Drew dans le New Jersey. “Ces cartographies numériques ont le potentiel de transformer les études médiévales”, estime enthousiaste le chercheur, notamment parce qu’elles sont communautaires, c’est-à-dire partagées par un réseau d’experts dont les apports contribuent à la qualité du projet. “La facilité avec laquelle une communauté peut être amenée à collaborer via ces outils est quelque chose qui change fondamentalement la façon dont nous faisons notre travail”. Sauf que la culture du partage n’est pas nécessairement de mise entre les spécialistes, et que bien souvent toutes les fonctions sont loin d’être utilisées par les chercheurs, qui sont plutôt en concurrence les uns les autres sur leurs recherches.

Le phénomène des humanités numériques est encore nouveau et les praticiens sont encore souvent surpris par ce qui se développe. Lorsque les œuvres complètes publiées d’Abraham Lincoln ont été mises en ligne il ya quelques années, le directeur des Cahiers d’Abraham Lincoln, Daniel W. Stowell, s’attendait à ce que les historiens soient plus attentifs à son projet. Mais il a été surpris de découvrir que les plus grands utilisateurs étaient des gens connectés depuis les Presses de l’université d’Oxford : les rédacteurs du dictionnaire d’Oxford étaient allés traquer dans les archives de Lincoln les premières occurrences de certains mots.

“Les gens vont utiliser ces données de manières que nous ne pouvons pas encore imaginer”, s’enthousiasme Daniel Stowell, “et je pense que c’est l’un des développements les plus excitants des sciences humaines actuellement”. Pour Tom Scheinfeldt, directeur du Centre pour l’histoire et les nouveaux médias à l’université George Mason, le milieu universitaire est entré dans une ère “post-théorique”. Un “moment méthodologique” semblable à celui qu’on a connu à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. “Les questions pratiques de la construction de la discipline, de l’assemblage d’une bibliographie annotée, de la définition d’un programme de recherche et de la signification du rôle de l’historien” ont alors été les principaux travaux d’un grand nombre de savants. Sommes-nous en train d’entrer dans une phase similaire ? C’est ce qu’espèrent les partisans des humanités numériques en tout cas.

Comprendre l’évolution des lois du langage
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le nouvel outil que vient de dévoiler Google : Google N-Grams - un nom qui s’inspire des travaux du théoricien de l’information Claude Shannon et qui évoque les n-grammes (des suites de mots consécutifs), visiblement très utilisés par les programmes de traitement automatique du langage. Google N-Grams est moteur de recherche qui fouille dans les 5,2 millions de livres numérisés par Google et accessibles librement au public, explique le New York Times, soit 500 milliards de mots, comme s’en émerveille avec raison Jean Véronis sur son blog, soit “4 % des livres jamais publiés sur Terre”. Un outil qui permet de tracer des courbes lexicales sur plusieurs siècles, puisque la base de livres sur laquelle il est construit est constituée de livres publiés entre 1500 et aujourd’hui, provenant d’un corpus réparti en 5 langues
.

On peut ainsi constater que Marilyn Monroe et Mickey Mouse ne reçoivent pas la même attention dans les livres imprimés … Ou que Freud est devenu une référence plus importante que Galilée, Einstein ou Darwin

“L’objectif est de donner à un enfant de 8ans la possibilité de parcourir les tendances culturelles de l’histoire telle qu’inscrite dans les livres”, a expliqué Erez Lieberman Aiden, un chercheur de Harvard parmi les auteurs provenant du MIT, de Google, de l’Encyclopaedia Britannica et d’Houghton Mifflin Harcourt, signataires de l’article de la revue Science qui fait l’actualité.

Ce nouvel outil va exiger beaucoup de réflexion sur les divers biais dans la façon dont les données sont recueillies, a déclaré le biologiste Paul Ehrlich, dont les enquêtes sur l’évolution de la pirogue polynésienne a transformé les études culturelles, et qui remarque, par exemple, que la fréquence de l’obscénité ne peut pas seule être un indicateur de tendance culturelle.

Culturomics, Genomics… “Il y avait un grand battage autour du projet de cartographie du génome humain à l’origine… Avant qu’on comprenne que cette liste n’était pas très utile à ceux qui n’en sont pas spécialistes”, estime Mark Pagel, biologiste de l’évolution à l’université de Reading. Nous comprenons maintenant que ce n’est pas les gènes qui importent, mais comment ceux-ci sont exprimés dans les organes”.

“Je ne dis pas que les données ne sont pas utiles”, a-t-il précisé. “Mais que la base de données ne va pas “cracher” des réponses simples”. Rien ne sera plus facile en effet, que d’en faire sortir beaucoup de banalités.

Tea with Robert Kaplan



The traveller, historian and author of "Monsoon" on his new cartography, China's vertical strategy and India's horizontal response

samedi 18 décembre 2010

France : Evolution de la surface consacrée à l'agriculture biologique

DATAR

L'agriculture biologique constitue un mode de production particulièrement respectueux de l'environnement. La loi « Grenelle I » fixe un objectif de 6 % de la surface agricole utile (SAU) en agriculture biologique en 2012 et 20 % en 2020. En 2008, ce taux est de 2,1 %, avec de fortes disparités territoriales. Les valeurs les plus élevées se rencontrent en Guyane (10,3 %), Provence-Alpes-Côte d’Azur (7,7 %) et Languedoc-Roussillon (5,0 %), tandis que ce taux est inférieur à 0,5 % en Picardie, Nord-Pas-de-Calais et Champagne-Ardenne.

Part de la SAU en agriculture biologique par département en 2008 et évolution depuis 2001


  • Définition


Les superficies totales en agriculture biologique comprennent :

- les surfaces « certifiées bio » qui rassemblent les parcelles dont la période de conversion est terminée et dont la production peut être commercialisée avec la mention « agriculture biologique » ;

- les superficies en conversion (la durée de conversion variant de 2 ans pour les cultures annuelles à 3 ans pour les cultures pérennes).

L'agriculture biologique (AB) est l’un des cinq signes officiels d'identification de la qualité et de l'origine. Une nouvelle réglementation européenne est entrée en vigueur le 01/01/2009 et réaffirme les principes fondamentaux de l'agriculture biologique et ses objectifs : l'agriculture biologique établit un système de gestion durable pour l'agriculture (maintien de la biodiversité, préservation de la qualité des sols, de l'air et des eaux, respect du bien-être animal) visant à une production agricole de qualité. L'utilisation de produits chimiques de synthèse, d'OGM et de leurs dérivés sont interdits. Les opérateurs de la filière bio sont contrôlés par des organismes certificateurs agréés par les pouvoirs publics et répondant à des critères d'indépendance, d'impartialité, d'efficacité et de compétence.

  • Pertinence

L'agriculture biologique apporte une réponse essentielle à la préservation de notre environnement. L’agriculture biologique est un mode de production agricole spécifique, c’est-à-dire un ensemble de pratiques agricoles respectueuses des équilibres écologiques et de l’autonomie des agriculteurs.

Elle contribue à la préservation des sols et des ressources naturelles et garantit une qualité des produits attachée à un mode de production respectueux de l'environnement et du bien-être animal.

Elle se distingue par son mode de production, fondé notamment sur la non-utilisation de produits chimiques de synthèse, la non-utilisation d'OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique. L’élevage biologique, de type extensif, fait appel aux médecines douces et respecte le bien-être des animaux.

Tout au long de la filière, les opérateurs de l’agriculture biologique respectent un cahier des charges rigoureux qui privilégie les procédés non polluants et respectueux des écosystèmes.

La loi n°2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement (dite loi « Grenelle I ») fixe un objectif de 6 % de la SAU en agriculture biologique en 2012 (soit un triplement par rapport aux superficies de 2008) et 20 % en 2020. Les différents soutiens à l'agriculture biologique (aides à la conversion, aides au maintien de l'agriculture biologique, crédit d'impôt) ont été fortement revalorisés ces dernières années.

  • Limites et précautions

L’indicateur porte à la fois sur les surfaces « certifiées bio » et les surfaces en cours de conversion, dont la production n’est pas encore certifiée biologique.

  • Résultat au regard de l’enjeu de développement durable

Fin 2008, près de 13 300 exploitations sont engagées dans un mode de production biologique, sur une superficie de 583 800 ha, soit 2,1 % de la SAU. Après une progression faible entre 2002 et 2007, l'année 2008 marque une reprise du développement de l’agriculture biologique, avec une augmentation de 11 % du nombre d’exploitations et de 4,8 % des surfaces concernées. Les surfaces en conversion progressent elles aussi (+ 36 % en 2008), reflétant une montée en puissance de plus en plus forte.

Les superficies en mode de production biologique sont à environ 60 % consacrées aux fourrages, et 20 % aux grandes cultures. Le poids de l’agriculture biologique dans les surfaces totales est plus élevé que la moyenne pour les vergers (5,8 %), les vignes (3,3 %) et les fourrages (2,8 %).

  • Disparités territoriales

En 2008, avec plus de 60 000 ha, Midi-Pyrénées et les Pays de la Loire sont les deux premières régions concernées par l'agriculture biologique. Si, en termes de poids de l'agriculture biologique dans la SAU, ces deux régions dépassent la moyenne nationale de 2,1 %, elles restent en retrait par rapport à d'autres régions comme Provence-Alpes-Côte d'Azur (7,7 %), Languedoc-Roussillon (5,0 %) et dans une moindre mesure la Corse (3,7 %), Rhône-Alpes et l'Alsace (3,6 %). La Guyane se démarque avec un taux de 10,3% de sa SAU en biologique. L'agriculture biologique reste nettement moins développée en Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, Haute-Normandie, Île-de-France et Centre, où son poids dans la SAU reste inférieur de moitié à la moyenne nationale. Au sein des régions administratives, la situation est plus ou moins contrastée. Par exemple, la Drôme a le plus fort taux départemental de sa SAU en agriculture biologique (10,6 %) alors que le Rhône, la Savoie et la Haute-Savoie ont un taux inférieur à la moyenne nationale.

Les fourrages représentent 60 % des superficies en agriculture biologique au niveau national. Ils représentent plus de 80 % des superficies dans les grandes régions d'élevage comme l'Auvergne, la Basse-Normandie, la Franche-Comté et le Limousin. Les grandes cultures (21 % des superficies de l'agriculture biologique au niveau national) constituent la majorité des superficies en agriculture biologique en Île-de-France et en représentent plus de 40 % en Poitou-Charentes, Picardie et Centre.

Surfaces en agriculture biologique par région en 2008

Source : Agence Bio, Statistique agricole annuelle (SSP)